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Tard je t’ai aimée

Tard je t’ai aimée,
Ô beauté si ancienne et si nouvelle,
Tard je t’ai aimée !
Mais quoi ? Tu étais au-dedans de moi,
Et j’étais, moi, en dehors de moi-même.
Et c’est au dehors que je te cherchais !
Je me ruais, dans ma laideur,
Sur la grâce de tes créatures.
Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi…
Tu m’as appelé, et ton cri a force ma surdité ;
Tu as brille, et ton éclat a chassé ma cécité ;
Tu as exhalé ton parfum, et je l’ai respiré,
Et voici que pour toi je soupire.
Je t’ai goûtée et j’ai faim de toi, soif de toi !

Tu m’as touché, et j’ai brûlé d’ardeur
Pour la paix que tu me donnes.
Quand je te serai uni de tout moi-même
Il n’y aura plus pour moi de douleur,
Plus de fatigues ; ma vie, toute pleine de toi,
Sera alors la vraie vie.

Saint Augustin.
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